Vétos russe et chinois sur la Syrie

Beaucoup auront des vétos russe et chinois sur la Syrie une lecture cynique. Les intérêts que ces nations ont dans la région, leurs systèmes de gouvernement et les souffrances des Syriens ne devraient pas faire oublier les réalités des jeux d’influence, dans lesquels les Occidentaux exploitent agressivement leurs avantages.

Les motivations affichées par la Chine pour expliquer son véto à l’ONU contre le projet de résolution sur la Syrie citent la Libye, l’Irak et l’Afghanistan comme illustrations des dangers du changement de régime forcé par l’extérieur. La situation de ces trois pays est assez différente pour que l’amalgame se remarque.

Du point de vue chinois ou russe,  ces pays constituent tous des tentatives d’avance des sphères d’influence états-unienne et européenne. Que les pays aient été envahis (Afghanistan, Irak) ou non (Libye), que les actions à leur encontre soient en ligne avec les décisions de l’ONU (Afghanistan), en partie conformes (Libye) ou illégales (Irak), n’est pas la question centrale. C’est l’extension des ingérences occidentales qui inquiète.

Bien que l’Afghanistan et l’Irak soient mentionnés, la Libye semble être le coeur de l’argument chinois. La résolution 1973 de l’ONU prévoyait une zone d’exclusion aérienne et des actions pour protéger la population, tous azimuts. En pratique, l’action militaire de police s’est vite muée en efforts pour déposer le Colonel Kadhafi, avec des parachutages d’armes et l’intervention de commandos marine. Vu la façon dont les limites du mandat de l’ONU sur la Libye ont été explorées par la France et la Grande-Bretagne, on comprend d’où vient la méfiance que Russes et Chinois conçoivent à l’idée d’offrir d’autres occasions similaires à l’Occident par une résolution forte sur la Syrie.

L’action en Libye a été une très belle réussite militaire, mais en mordant sur les limites de leur mandat pour écourter la guerre civile, les puissances occidentales ont paru intéressés et trop gourmandes à des pays qui craignent maintenant pour leurs intérêts, et les défendront en priorité à l’ONU. Même si les Chinois et les Russes n’avaient pas d’intérêts spécifiques en Syrie (et en fait, ils en ont: par exemple, les Russes y  ont leur seule base navale hors ex-URSS), une extension rapide des sphères d’influence occidentales dans le Moyen-Orient contrarie en soi leur politique. C’est pourquoi le temps gagné en Libye se paye en Syrie.

PS: Craig Murray, ancien ambassadeur britannique en Ouzbékistan, a publié un article sur la question.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s