Craig Murray

Craig Murray, ancien ambassadeur britannique en Ouzbékistan, donne un éclairage partisan mais intéressant sur la diplomatie occidentale en Asie centrale. Il développe un argument remarquable sur la possible complicité du Royaume-Uni dans des faits de torture, au sens de l’article 15 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Craig Murray (wp) est un ancien diplomate britannique, qui a été ambassadeur en Ouzbékistan de 2002 à 2004.

Le 16 septembre 2002, Murray rédige un télégramme diplomatique où il décrit la politique américaine en Ouzbékistan comme « faillie et cynique », minimisant les violations des Droits de l’Homme et promouvant indirectement le terrorisme islamiste. En substance, Murray semble avoir découvert à cette époque que les informations qui lui étaient fournies par les services de renseignements américains étaient obtenues sous la torture, et envoyé deux télégrammes à Londres à cet effet.

Selon ses déclaration ultérieures devant le parlement britannique, Murray s’attendait à une réponse immédiate du Foreign Office qui ordonnerait aux diplomates de ne pas toucher à ces informations, comme c’était arrivé sous Thatcher. En fait, aucune réponse ne lui parvient jusqu’au jour de 2003 où il est convoqué à Londres, où Sir Michael Wood, conseiller juridique du Foreign Office, lui dit qu' »il vaut mieux ne pas mettre ces choses-là par écrit« . Murray relate la conversation par: « c’est notre politique, vous êtes fonctionnaire du gouvernement. Vous devez vous y soumettre et nous accepterons les renseignements obtenus sous la torture tant que nous ne torturons pas nous-mêmes ». Dans une interview avec Amy Goodman, Murray décrit la position du gouvernment britannique en ces termes:

Murray: [Sir Wood] a dit que tant que nous ne demandions pas spécifiquement qu’un individu soit torturé, s’il était torturé et que les renseignements nous étaient communiqués, il n’y avait pas de violation de la Convention contre la Torture, et qu’il s’ensuivait que la CIA et le MI6 agissaient en toute légalité en obtenant ces informations de la torture.

Goodman: alors vous pouviez savoir qu’ils étaient torturés, tant que vous ne demandiez pas directement qu’on les torture?

Murray: Exactement. Cela en ôtait l’illégalité, ce qui est une position que, franchement, aucun juriste international ou employé d’autre chose qu’un gouvernement n’adopterait, mais c’est le point de vue qui a été donné. Et l’on m’a dit que cette question avait été examinée en tout haut lieu par le secrétaire d’Etat britannique, Jack Straw, qui en a discuté avec le chef du MI6, et ils ont décidé que nous continuerions à recevoir ces renseignements, qui étaient tous estampillés CIA, même s’ils étaient obtenus sous la torture.

Dans son livre de 2007, Murder in Samarkand, Murray relate ses activités où se mêlent les relations avec le régime de Karimov, les problèmes avec les employés de l’ambassade, les enquêtes sur le terrain, et un bras de fer avec le Foreign Office. Murray décrit les attitudes des ambassadeurs en poste à Tachkent comme au mieux timides sur les questions de Droits de l’Homme, et se crédite d’avoir inspiré quelques-uns d’entre eux à raffermir leur position à son exemple. Noter qu’il parle peu de l’ambassadeur français, mais le décrit comme particulièrement accommodant avec le régime de Karimov.

Après une série de péripéties pitoresques, Murray est écarté et soumis à une série d’enquêtes disciplinaires, dont il sort blanchi. Il ne fait aucun doute que Murray avait « perdu la confiance des hautes fonctionnaires et de ses collègues », selon la formulation du Foreign Office, et en particulier celle de ses collègues américains; à ce stade, il a sans doute été décidé que ses déclarations et ses rapports seraient moins dangereux s’ils perdaient leur caractère officiel. Comme dit Malcolm Tucker (Peter Capaldi) dans In the Loop:

Vous devez rester dans le gouvernement pour influer sur les événements. Ici, vous pouvez peser sur les décisions, vous pouvez retarder les décisions. Là-dehors, vous êtes juste encore un cinglé qui hurle à pleins poumons et avec qui les gens n’osent pas échanger un regard. Vous vous souveney de Mary? Elle a fait un scandale sur la santé. Tout le monde a décidé qu’elle était folle.

Mais (pour rester dans le même registre) espérer qu’un Ecossais au service de la Reine, qui boit des alcools luxueux dans des soirées distinguées, séduit les femmes, fouille partout, a des accidents de voiture spectaculaires et se sent investi d’une mission hautement morale se décourage facilement est cinématographiquement un mauvais calcul. Murray a quitté la diplomatie en combattant avec succès toutes les procédures disciplinaires lancées à son encontre et en publiant ses télégrammes sur son site personnel. Le Foreign Office a tenté sans succès d’en limiter la circulation en invoquant une violation de copyright (Murray a remplacé les documents par des liens vers sites tiers qui les proposent au téléchargement).

L’ambassade US à Tachkent porte un jugement sévère sur Murray, qualifiant son mandat de « débacle » et l’accusant d’avoir failli « rompre les relations diplomatiques britannique avec l’Ouzbékistan » avec son « attitude vindicative sur les Droits de l’Homme ». A noter que le sujet de la section de télégramme en question n’est pas Murray lui-même, mais son successeur: « L’ambassade britannique adopte une position discrète sur les Droits de l’Homme » et « l’ambassade britannique à Tachkent semble s’être quelque peu désengagée sur les Droits de l’Homme ».

Murray donne maintenant des conférences et poursuit des enquêtes à titre privé en tirant parti de sa connaissance intime du milieu diplomatique pour requérir des documents officiels sous le régime du Freedom of Information Act (on lui communique parfois des versions censurées de documents qu’il a lui-même rédigés). Il affirme que la politique américaine en Afghanistan est conditionnée par des intérêt gaziers, et enquête actuellement sur les liens de Matthew Gould, ambassadeur britannique en Israël, et Adam Werritty, avec l’Etat d’Israël et ses services secrets.

PS1: Murray a écrit un deuxième livre, The Catholic Orangemen of Togo,
qui est disponible au téléchargement (PDF). Dommage qu’il n’y ait pas de  véritable e-book pour le moment.

PS2:Le prénom de Murray est Craig, et non Craigh. L’erreur m’a été signalée et subsiste dans l’URL de cette page pour ne pas briser d’éventuel liens.

PS3: Initialement, la vidéo utilisée pour la boutade cinématographique était celle-ci, mais la nouvelle transcrit mieux mon propos. En tout état de cause, mes excuses pour cette plaisanterie d’un goût discutable.

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