Cablegate

Cablegate est le nom qu’a donné Wikileaks à l’opération de publication de plus de 200 000 télégrammes diplomatiques américains. Il s’agit de petits rapports rédigés par le personnel des ambassades à l’intention de Washington pour transmettre l’état et le développement des choses sur le terrain.

Ces télégrammes on été transmis à Wikileaks par une personne non identifiée. Le gouvernement US accuse un soldat de rensignement, le première classe Bradley Manning. Après avoir été détenu environ deux ans en isolement et dans des conditions telles qu’un porte-parole de la Maison Blanche a démissionné avec fracas en protestation, il passe actuellement devant une commission militaire chargée de déterminer s’il y a lieu de le faire passer en cour martiale.

Les télégrammes de Cablegate sont des documents relativement peu sensibles. Le plus haut degré de classification est « Secret//Noforn », c’est-à-dire information devant rester secrète sous peine de sanctions prévues par la loi, et ne devant pas être partagée avec des ressortissants étrangers (l’équivalent français serait le « Secret Défense – Spécial France »); les degrés suivants sont « Secret », « Confidential//NoForn », « Confidential », « Unclassified//For official use only », et « Unclassified ». Le degré de classification « Top Secret » (« Très Secret Défense ») est notablement absent du lot. C’est à ce degré que l’on trouve l’information réellement sensible, comme les Mémos de la Torture. Par contraste, il est courant pour les agences de renseignement de dévoiler intentionnellement des informations classées « secret » pour appâter des agents ennemis (voir par exemple l’Espion des Sciences, où la DST aurait employé ce procédé).

S’il est identifié, l’auteur d’une fuite s’expose toujours à l’ire de son employeur et à des sanctions ou administratives, Dans le cas où des documents sont soumis au secret défense, la divulgation à des personnes non autorisées devient un délit pénal. En revanche, ceux qui reçoivent les informations classifiées peuvent les publier, même si la transmission initiale était illégale. Le cas d’école est l’affaire du Watergate, où Daniel Ellsberg avait transmis au New York Times des documents prouvant la duplicité du gouvernement américain de l’époque dans la guerre du Viet-Nam. Le Times avait été poursuivi, mais nul n’avait tenté de menacer son existence même (Wikileaks a vu son financement coupé de façon extra-judiciaire par des entreprises privées liguées), n’avait menacé ses journalistes de mort (Julian Assange a été menacé ouvertement dans des médias grand public); par ailleurs, le New York Times avait gagné son procès. Récemment, Ellsberg a manifesté à plusieurs reprises son soutien à Manning, en revendiquant une parenté entre les deux affaires.

Les télégrammes publiés par Wikileaks présentent en eux-mêmes un intérêt évident. Mais ils livrent aussi quantité d’informations de façon indirecte. Ainsi, l’ACLU a demandé au Département d’Etat une partie des télégrammes en question dans le cadre d’une requête en Freedom of Information; le Département leur a renvoyé une version partiellement censurée des documents réclamés, ce qui a permis, par recoupement avec les versions intégrales livrées par Wikileaks, de mettre en exergue les passages jugés embarassants par Washington.

L’une des caractéristiques les plus intéressantes de cet ensemble de télégrammes, c’est leur nombre. lorsqu’un unique document fuit, on peut s’interroger sur son contexte ou sur le sens exact des termes employés. Mais les télégrammes de Cablegate sont si nombreux qu’il devient possible de faire des statistiques dessus, et devoir émerger des informatiques de la simple émission d’un télégramme. Par exemple, la proportion de télégrammes classés Secret donne une indication non sans intérêt, bien qu’elle soit complètement indépendante du contenu. En sélectionnant des mots-clefs particuliers, on peut évaluer quantitativement l’importance de certains sujets. En recoupant ce genre d’informations avec les dates d’émission, on peut évaluer l’impact de tel ou tel événement sur les préoccupations des diplomates. Ces méthodes ont leurs limites: les indicateurs donnent des informations nécessairement limitées et ne sont que des estimations. Mais elles ont le gros avantage que le médium lui-même devient le message; elles affranchissent ainsi de détails de formulation qui peuvent parfois occulter ou adoucir la réalité.

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