Missiles sol-air portatifs : l’adieu aux armes

Les missiles anti-aériens portatifs que les militaires emploient pour protéger l’infanterie de l’aviation poseraient un danger pour les appareils civils s’ils tombaient dans les mains de groupes armés. Aussi les Américains tentent-ils d’en limiter la prolifération par des accord bilatéraux qui les font détruire ou en interdisent l’exportation. Certains Etats s’échangent des composantes en mordant sur ces accords. Le sujet est devenu assez sensible pour que les Américains craignent que l’on tente de les intoxiquer, comme ils l’ont été avec les composantes d’armes nucléaires jusqu’en 2003.

Les MANPADS (Man-portable air-defense systems) sont des missiles anti-aériens portatifs qui se tirent de l’épaule depuis un tube semblable à celui du Bazooka de la Seconde Guerre mondiale. En français, on les appelle SATCP, pour Sol-Air À Très Courte Portée (WP). Il en existe tout un éventail depuis les années 1960, avec par exemple l’américain Stinger (WP), distribué par la CIA aux Moudjahidin afghans pour ennuyer les Soviétiques dans les années 80 ; le français Mistral (WP) ; ou plusieurs systèmes soviétiques plus ou moins à jour, du vénérable SA-7 Strela (« flêche », WP) jusqu’au SA-16 Igla (« aiguille », WP) moderne.

L’emploi militaire normal de ces engins est de repousser des aéronefs volant à basse altitude, pour que l’infanterie ne sont pas entièrement à leur merci : elle devrait au moins pouvoir les gêner. En pratique, les avions à réaction volent  en général au-dessus du rayon d’action de ces armes, mais elles peuvent constituer une véritable menace pour des hélicoptères. Depuis que les préoccupations militaires de l’Occident se sont reportées de la Guerre froide à la « Guerre contre le Terrorisme », le traffic de ces armes suscite de grosse inquiétudes chez les Américains.

Le danger est réel qu’un groupe armé emploie des SATCP pour abattre un avion civil. Les aéronefs militaires embarquent des systèmes de détection et de brouillage pour éloigner les missiles, et ceci concerne aussi les avions des dignitaires officiels (en France, ces avions relèvent d’une unité de l’armée de l’air, l’Escadron de transport, d’entraînement et de calibration (WP), et sont équipés), mais les avions de ligne sont vulnérables même aux systèmes les plus anciens. En Suisse, un groupe a même été arrêté parce qu’il aurait prévu d’abattre un avion avec un RPG, une arme semblable mais anti-char et non guidée [06BERN1044].

Les Américains font donc des efforts tout particulier pour éviter que des SATCP ne se retrouvent en circulation. A cet effet, ils rachètentles armes de certains pays (comme le Yémen [04SANAA2520] ou la Serbie [07BELGRADE1659]), et concluent des accords bilatéraux avec d’autres pour les empêcher d’exporter leurs systèmes (comme la Bulgarie [05SOFIA1808]). Dans ce contexte, ils se passe des choses intéressantes.

En 2005, après la conclusion de l’accord, la Bulgarie exporte des composantes de SATCP vers l’Égypte [05SOFIA1808]; les Américains l’apprennent par des tiers, et une dignitaire bulgare s’en explique en invoquant un « malentendu ». Finalement, les Américains semblent d’accomoder de l’affaire, d’une part parce que les Bulgares auraient procédé à l’envoi seulement parce que la commande était antérieure aux premiers échanges de notes, et de l’autre parce que cela donne aux Américains un argument à utiliser pour obtenir des concessions bulgares [05SOFIA1808].

Le 18 décembre 2006, un homme d’affaire bulgare impliqué dans des ventes d’armes se présente à l’ambassade américaine pour une entrevue. Il signale que des officiels égyptiens ont tenté de lui acheter des SATCP, et qu’il a refusé, de son propre chef. Il semble ignorer l’accord bilatéral américano-bulgare, tenu secret dans les deux pays, qui l’en aurait empêché en tout état de cause [06SOFIA1686]. En particulier, l’homme d’affaire trouve suspect que les égyptiens achètent de vieux systèmes Strela, plutôt que des Igla plus modernes ; ceci lui fait inférer que les systèmes sont destinés à un troisième parti plutôt qu’aux forces égyptiennes [06SOFIA1686]. Les Américains le pressent pour voir si son rapport se lie à l’affaire bulgare, mais sans pouvoir extraire de réponse claire [06SOFIA1686]. En dernière analyse, ils jugent que leur visiteur, un « homme d’affaire extrêmement bien connecté », leur raconte des histoires invérifiables pour s’attirer leur faveur [06SOFIA1686].

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